
Entre les ors des palais émiriens et la réalité du terrain gabonais, il y a un pas que trois « Mémorandums d’Entente » ne suffisent pas à franchir. Si la visite de Brice Clotaire Oligui Nguema aux Émirats Arabes Unis affiche un succès diplomatique, la portée économique réelle de ces signatures reste, pour l’heure, hypothétique.

C’est un rituel bien connu des chancelleries et des voyages présidentiels, la cérémonie de signature.
Sous les flashs, on échange des parapheurs, on serre des mains et on annonce des milliards en « potentiel ».
Toutefois, une lecture froide des événements d’Abu Dhabi impose la prudence.
Le Gabon n’a pas signé de contrats d’exécution immédiate, mais des Mémorandums d’Entente (MoU).

Des intentions, pas des obligations
Juridiquement, un MoU (Memorandum of Understanding) est une « déclaration d’intention ».
Ce n’est ni un contrat commercial ferme, ni un décaissement de fonds, ni une garantie de chantier.
C’est, au mieux, une promesse de se mettre autour d’une table pour étudier la faisabilité d’un projet.

Dans le monde des affaires, beaucoup de MoUs finissent leur vie dans des tiroirs, une fois l’euphorie diplomatique retombée.
De fait, lorsque le gouvernement évoque des « partenariats structurants » avec ADMOG Gold ou Abu Dhabi Ports, il vend pour l’instant une ambition, pas une réalisation.
L’épreuve de la réalité

Sur le volet minier, l’accord avec ADMOG Gold promet « exploration et développement ». Or, le cycle minier est un temps long.
Entre une signature d’exploration et la coulée du premier lingot, il s’écoule souvent 5 à 10 ans.
Aussi, la promesse de « création de valeur locale » se heurtera à la réalité du marché. Les EAU sont une plaque tournante mondiale de l’importation d’or brut.

L’intérêt d’ADMOG est-il de transformer au Gabon ou de sécuriser un approvisionnement pour les raffineries de Dubaï ?
Même scepticisme sur le numérique. Le renouvellement de l’accord avec Presight (G42) pour la souveraineté numérique soulève un paradoxe.
Peut-on bâtir sa souveraineté en confiant ses données stratégiques (Big Data de l’État) à une entité étrangère, aussi compétente soit-elle ?
« Repondez directement à la question ! »

Le risque de la « diplomatie du papier »
Le Gabon a une longue histoire d’annonces spectaculaires sans lendemain, héritée des anciens régimes.
Oligui Nguema, pressé par le temps et la nécessité de résultats, ne peut se permettre de collectionner les coquilles vides.
Ces accords d’Abu Dhabi sont une porte ouverte, certes.

Mais sans un calendrier précis, des engagements financiers chiffrés et des clauses de transfert de technologie contraignantes, ils risquent de n’être qu’un succès d’image.
Pour l’instant, le Gabon a signé du papier. Reste à voir s’il se transformera en or.



